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Que Dieu vous protège de la contagion… il y en a de toutes sortes

J’ai reçu un e‑mail d’un ami cher du pays. Il m’écrivait :

« Salam alaykoum mon frère Mounir, comment vas‑tu là‑bas en Europe ? Et comment ça se passe avec la crise et la grippe en Espagne ?
J’espère que toi et ta famille êtes en bonne santé.

Tu sais combien je t’apprécie et combien je te respecte. Ce que je vais te dire maintenant ne signifie en rien que mes sentiments ont changé envers toi. Au contraire, tu resteras pour moi un frère et un ami très proche.

Mais quand j’ai appris que tu viendras cet été passer tes vacances parmi ta famille et tes amis à Ahfir, je me suis senti obligé de t’écrire ce qui me trotte dans la tête.

Tu vis depuis des années en Espagne, près de Barcelone, et j’ai entendu dans les médias que c’est justement la région où il y a le plus grand nombre de cas de grippe porcine.
Et moi, mon frère Mounir, je ne te cache pas que j’ai peur : quand tu viendras, comme chaque été, et qu’on se verra, qu’on se serre la main, qu’on s’embrasse, qu’on s’assoit pour discuter… j’ai peur que tu me transmettes le virus H1N1 et que je devienne moi aussi malade.

Mon frère, je ne dis pas que tu es infecté — que Dieu te protège — mais les chances que tu le sois sont très élevées, surtout que tu vis dans une zone contaminée.
Alors ne le prends pas mal… et ne sois pas surpris si tu me vois éviter de te rencontrer ou même de m’approcher de toi quand tu seras ici.

Et ce comportement, je ne l’aurai pas seulement avec toi, mais avec tous les vacanciers qui reviennent cet été.

Voilà ce que je voulais te dire dans ma lettre.
Mounir… comprends‑moi… et que Dieu te ramène sain et sauf. Salam. »

Fin de la lettre.

Après l’avoir lue, j’ai décidé d’appeler mon ami pour plaisanter avec lui.
Après les salutations, je l’ai félicité pour son souci de protéger sa santé, même si la méthode qu’il a choisie est un peu étrange.

J’ai accepté les règles du jeu et je lui ai dit :
« Pas de problème… on parlera là‑bas par téléphone ou par chat. Et si on se voit, on se fera juste un signe de la main, de loin… jusqu’à la fin de mes vacances, puis je retournerai en Espagne. »

Puis j’ai continué en l’avertissant d’être encore plus prudent, car les virus sont de toutes sortes… et tu ne sais jamais d’où ils peuvent venir.

Je lui ai dit :
« Mon frère, en plus de protéger ta santé, protège aussi ton esprit et ton intelligence d’une autre contagion, tout aussi dangereuse que la grippe porcine.

Car moi, et la majorité des vacanciers, nous portons en nous des “virus” très dangereux, d’un autre type. Il suffit que tu regardes l’un de nous pour devenir contaminé.

Cette maladie a des étapes et des symptômes. Si tu sens qu’ils envahissent ta tête, cours te soigner !

Les premiers symptômes sont :
– Te dire que les vacanciers vivent en Europe dans le luxe et l’abondance.
– Imaginer que le compte bancaire de Mounir déborde d’euros.
– Croire que celui qui vit à l’étranger ne fréquente que des Européens élégants, ne porte que des marques, ne dort que sur des plumes, ne mange que des bananes et des plats raffinés, et boit son café dans des cafés de luxe.
– Imaginer que Mounir vit dans un appartement tout en verre, juste à côté du Camp Nou ou des Champs‑Élysées.

La deuxième étape est plus grave : la maladie s’infiltre dans tes pensées, et tu ne penses plus qu’à une seule chose : partir, émigrer, abandonner ton commerce, ton métier ou ton travail… convaincu que ta vie là‑bas serait bien meilleure, juste parce que tu as vu les vacanciers et entendu leurs histoires.

Mon ami, comme tu crains la grippe porcine qui mène à la mort certaine, évite aussi de tomber dans la grippe de l’émigration, qui mène à la défaite certaine.
Le sage comprend d’un clin d’œil. »

Par Mounir El Ghiouani – 2012

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