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L’art de l’éloquence et du discours à Ahfir

Mesdames, Messieurs, honorables présents, je vous rappellerai dans ce discours les regrettés Mimoun Benayada, Mustapha Jabbara, Sidi Omar, Si El Alami, ainsi que les messieurs Ghol Abdeljabbar, Si Lakhdar Bouali, Abdallah Nahari et Al‑Madhbouhi.

Comme l’écriture possède son propre art, la parole possède elle aussi son art. Celui qui maîtrise le premier peut maîtriser le second… ou pas. La majorité des grands écrivains n’étaient pas des orateurs.
L’écrit touche l’esprit par la réflexion, tandis que la parole ne parvient au cœur que si elle passe par l’oreille — laquelle possède une sensibilité qu’il faut satisfaire.
Le sentiment que provoque l’écoute n’est pas celui que produit la lecture. Chez nous, la parole entendue a un impact plus fort que la parole lue, car elle porte la vie, l’émotion et exprime les sentiments de l’orateur.

Je parle ici de l’art de la prise de parole à Ahfir, non pas dans son sens académique, mais dans son sens simple : celui qui plaît aux gens ou les touche, qu’il soit religieux, politique ou festif.

La prise de parole festive
Dans les discours de célébration, personne ne conteste la place de Abdeljabbar Ghol et du regretté Mimoun Benayada, grâce à leur voix puissante, leur prestance, la beauté de leur ton et la clarté de leur diction.
Lors des fêtes du Trône, ils pouvaient discourir toute une journée sans hésitation, sans toux, sans papier.
Quelles que soient nos divergences sur le contenu de leurs discours, personne ne peut nier que l’éloquence était leur talent, comme le sont la poésie et le chant.

La prise de parole politique
Sur le plan politique, l’éloquence n’a pas connu de progrès à cause de la censure et de la répression des voix opposantes.
Dans ce domaine, personne ne rivalisait avec le regretté Mustapha Jabbara.
Je ne parle pas ici de son audace à critiquer les responsables dans Al‑Bouq — beaucoup le faisaient — mais de son talent oratoire.

La prise de parole religieuse
Dans le domaine religieux, où l’islam a fait du sermon un accompagnement de la prédication et un moyen de traiter les questions des musulmans, les discours étaient souvent superficiels, à cause de la pression des autorités et de la prudence des prédicateurs.
Puis sont arrivés Abdallah Nahari, Lakhdar Bouali et Al‑Madhbouhi, qui ont tenté de rendre leurs sermons plus proches des événements et des réalités vécues.

Un orateur d’un genre particulier
Un autre orateur, mais d’un type spécial : non pas devant une foule, mais dans l’efficacité individuelle.
Avec sa voix légèrement enrouée, il te convainc de contribuer à nourrir les pauvres.
Par son effort personnel, il a non seulement préservé l’angle du croisement entre Rue des Martyrs et Sidi Brahim, mais en a fait un point de départ du renouveau religieux à Ahfir : jeunesse, chants religieux, organisation…
Allah Allah, Si Omar !

Et n’oublions pas le regretté Al‑Alami, le muezzin
Les muezzins auront les cous les plus longs le Jour du Jugement, lorsque la sueur submergera les gens — récompense pour avoir élevé leurs voix en rappelant Dieu, entendus par le proche et le lointain.
Tout ce qui a entendu leur appel témoignera pour eux.

L’appel à la prière est, dans la langue, une annonce ; et religieusement, une annonce de l’entrée du temps de la prière avec des paroles spécifiques.

L’appel du regretté Al‑Alami se distinguait par la répétition et le tarji‘ : prononcer les deux attestations deux fois, puis revenir les répéter en prolongeant la voix.

Par Amar Jalloul – 2012

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