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S’appuyer sur l’étranger

Première histoire :
Kaddour Lkhenz a déposé une plainte pour demander à changer son nom, car ses amis se moquaient de lui. Les responsables ont compris son problème et ont accepté sa demande : ils ont changé son nom de Kaddour Lkhenz à Samir Lkhenz.
Nous pensions que le problème se trouvait dans la deuxième partie du nom, mais les responsables affirment que, légalement, le problème est dans la première partie. Quant à l’aspect moral, disent-ils, “ce n’est pas notre affaire”.

Deuxième histoire :
Benziane Abdelhaq n’a aucun problème avec son nom, mais il en a un avec Fadiza, qui a creusé des tranchées dans son terrain pour y déverser des eaux sales. Abdelhaq a raconté son histoire à une chaîne française.
Lorsque l’épisode a été diffusé, Benziane était heureux de se voir à la télévision, et encore plus heureux car il croyait que son problème serait enfin résolu.
Mais les responsables ont vu dans cet acte une forme de recours à l’étranger, et il est passé du statut de victime à celui de coupable.
Ils ont dit que la chaîne n’aurait pas dû diffuser l’épisode à l’occasion de l’inauguration de Fadiza, mais qu’elle aurait dû attendre une autre occasion, comme le Mawlid ou l’Aïd Sghir.
Le plus étrange, c’est que beaucoup de journalistes et de gens du quartier étaient d’accord pour dire que la chaîne n’aurait pas dû montrer les fissures dans les maisons de Fadiza au moment de son inauguration.

Troisième histoire :
Cette fois, il ne s’agit pas de fissures dans une maison, mais dans le crâne du professeur Boubker.
Boubker, natif d’Ahfir et avocat de la commune, a eu le crâne fendu après avoir reçu de violents coups.
Son ami, le parlementaire Aftati, a eu peur pour lui et a envoyé une lettre à l’ambassade de France pour leur demander de l’emmener dans un hôpital français.

Une situation d’alerte a éclaté :
– à l’ambassade de France,
– à l’Élysée,
– au ministère de l’Intérieur,
– au Parlement,
– et même sur Al Jazeera.

Dans toutes ces réunions d’urgence, qui ont rappelé des responsables déjà partis à l’étranger, personne n’a évoqué le crâne de Boubker, même pas une phrase.
On n’a parlé que de l’accusation d’avoir sollicité l’aide de l’étranger.

Le ministre du Tourisme n’a-t-il pas demandé l’aide de l’étranger en envoyant Fadiza sauver Saïdia ?
Housni Benslimane n’a-t-il pas demandé l’aide de l’étranger en envoyant Lemerre sauver l’équipe nationale ?

Oui, Aftati a “perturbé la planète” avec son geste.
Oui, ils l’ont arrêté, insulté, exilé…
Mais seulement après avoir réparé les fissures dans le crâne de Boubker, dans les maisons de Fadiza, et dans le pays d’Abdelhaq.

Amar Jalloul – Anées 2010

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