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Le Cheikh Mohamed Younsi

Il est l’un des diplômés de la fameuse “École El Qallaâ” à Oulad Menkar, un douar qui a vu naître plusieurs artistes populaires d’Ahfir : le cheikh El Bachir, le cheikh El Rouki, le cheikh El Ghouthi, et bien d’autres.

Mais c’est Mohamed Younsi qui a connu la véritable gloire, grâce à son talent exceptionnel : il maîtrisait le zajal, la composition musicale et l’interprétation, un trio rare qui lui a permis de briller.

Son départ pour la France au début des années 1960 fut un tournant décisif.
En vivant au contact des travailleurs maghrébins en Europe, il a observé de près leurs souffrances et leurs difficultés. Son sens artistique et sa sensibilité ont transformé ces expériences en un ensemble de chansons populaires d’une grande profondeur, décrivant avec sincérité la vie des immigrés.

La plus célèbre de ces œuvres reste “El Bassbour Lkhder” (Le Passeport Vert), une chanson devenue mythique, chantée et écoutée partout, au Maroc comme à l’étranger. Elle est aujourd’hui indissociable du nom de Mohamed Younsi.

Je me souviens encore que, dans les années 1960, nous en connaissions par cœur de nombreux passages tant nous l’avions écoutée et répétée.

Le cheikh Younsi a pleinement joué son rôle dans la mise en valeur de la région et dans la promotion de son art populaire authentique. Il a également attiré l’attention sur les conditions difficiles des premiers travailleurs marocains en Europe, tentant, à sa manière, d’alléger leur peine.
On pourrait le comparer, dans l’histoire artistique du Maroc, au grand Houcine Slaoui, son contemporain.

Avec sa troupe, il animait les fêtes familiales dans toute la région orientale. En été, il ne s’arrêtait presque jamais tant les mariages et célébrations étaient nombreux. Ses soirées attiraient un public exceptionnel.

Je me rappelle qu’il avait animé la soirée de mon propre mariage, une nuit de juillet 1979, juste après la prestation du groupe “Jil Salam”.

En plus de son talent artistique, il était un homme de noble caractère, digne et respectueux. Il était d’ailleurs l’un de mes proches, du côté paternel comme du côté maternel.

Que Dieu accorde Sa miséricorde au cheikh Mohamed Younsi “El Qallaâ” et l’entoure de Son pardon.

Amar Belhassen – 26/02/2010

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